Les chercheurs du département Écologie, Évolution et Maintien de la biodiversité de la KU Leuven ont découvert que le biopesticide Bti était plus fatal pour les moustiques quand on y ajoutait les phéromones de la notonecte, un ennemi naturel du moustique. De plus, les moustiques encore vivants après contact avec ce cocktail meurent plus rapidement, ce qui réduit les risques de transmission de maladies.
On sait que les moustiques transmettent de nombreuses maladies graves (comme la maladie à virus Zika, le paludisme et la dengue), c'est pourquoi la lutte contre ces insectes figure dans les priorités de l'agenda mondial. Pour l'heure, la tendance est à l'utilisation de pesticides chimiques. Or ils ne sont pas seulement nocifs pour l'environnement, ils sont de moins en moins efficaces également : les insectes développent une immunité contre ces produits relativement rapidement. C'est aussi le cas pour le Bti, qui est le biopesticide le plus utilisé. Les doses de Bti requises pour tuer les moustiques sont de plus en plus fortes, si bien que ce produit biologique commence à dégrader l'écosystème.
En sachant pertinemment que les moustiques réagissent aux phéromones de leurs ennemis naturels par le stress, et que cela affaiblit leur système immunitaire, la doctorante Lin Op de Beeck de la KU Leuven a découvert que l'efficacité du fonctionnement du Bti pouvait être améliorée par ajout d'une variante synthétique de ces phéromones. Lin Op de Beeck est parvenue à démontrer que les phéromones attaquaient le système immunitaire dans une mesure telle que les moustiques survivants mouraient plus rapidement. Il s’ensuit que les parasites qui se répandent par le biais du moustique n'ont pas l'opportunité d'achever leur période d'incubation, ce qui réduit le risque de transmission de maladies.
« Nous savions déjà que les moustiques réagissent par le stress à ce que l'on appelle des phéromones de prédation, les phéromones de leurs ennemis naturels. C'est cette réponse au stress qui affaiblit le système immunitaire du moustique », explique Lin Op de Beeck. « Récemment, nous avons reproduit synthétiquement les phéromones de la notonecte, qui se nourrit des larves de moustique dans l'eau. De notre étude est ressorti que les moustiques réagissent également à cette variante synthétique par une réponse de stress, dont l'effet est d'affaiblir leur système immunitaire. Nous avons développé un cocktail à base de phéromones de prédation et incluant une faible dose de Bti non létale. En raison de l'effet de stress accru provoqué par les phéromones de prédation, la dose de Bti, bien que plus faible, conservait un puissant effet, ce qui provoquait un fort taux de mortalité chez les moustiques », explique Lin Op de Beeck.
Autre atout de cette stratégie combinée, la synthétisation des phéromones de prédation de la notonecte est assez simple, ce qui facilite la production du cocktail à base de Bti et le rend relativement peu coûteux. « Ce nouveau cocktail offre beaucoup de potentiel pour le renforcement de l'efficacité et de la durabilité de la lutte contre les moustiques. Dans la mesure où nous avons besoin d'un dosage de Bti inférieur, l'impact sur l'environnement est réduit et va également beaucoup ralentir le développement de la résistance chez le moustique », conclut la chercheuse.
L'étude a été réalisée en laboratoire. Au cours d'une phase ultérieure, le cocktail sera testé dans des environnements plus naturels.