L'art du carillon : un patrimoine musical

Les frites, le chocolat, les gaufres, la bière, les bandes dessinées... voilà autant de spécialités bien de chez nous. À cela s'ajoute la culture du carillon, qui s'est répandue sur l'ensemble du territoire des Pays-Bas tels qu'ils existaient au XVIe siècle et qui a été inscrite au patrimoine culturel immatériel de l'UNESCO en 2014.
C'est à la fin du XVe siècle que l'art du carillon a vu le jour dans les provinces flamandes et françaises. À l'origine, le joueur tapotait tour à tour l'une de ses quatre cloches à l'aide d'un marteau, baptisé quadrillion, précurseur du véritable carillon de 49 pièces tel que nous le connaissons aujourd'hui. Au fur et à mesure que le nombre de cloches a augmenté, les joueurs ont eu tôt fait de manquer de mains. Il s'est révélé plus facile de taper sur les cloches à distance à l'aide de cordes. Par la suite, les cordes furent réunies en un clavier de carillon pour les mains et un pour les pieds, ce qui a permis au carillonneur de s'en donner à cœur joie au sommet de sa tour, sur son banc, à son pupitre. Aux XVIIe et XVIIIe siècles, l'instrument connut son âge d'or. Dans nombre de villes, cinq, voire dix carillons tintinnabulaient plusieurs fois par jour, généralement dans les tours des bâtiments historiques tels que les églises, les beffrois ou les hôtels de ville. Un déclin de cette activité s'est produit au XIXe siècle, avant son retour en force au XXe siècle. Bien que les Pays-Bas, dont Malines était la capitale orgueilleuse, soient et restent le cœur de cet art, le carillon a connu une ascension fulgurante à l'échelle internationale : les États-Unis en particulier sont la zone de croissance la plus populaire. Voilà, en quelques mots, comment cette tradition musicale est née.
Dans notre pays, les carillonneurs acquièrent leurs connaissances et leur savoir-faire en pianotant sur les claviers des écoles dédiées au carillon (beiaardscholen) et en s'exerçant avec des professionnels aguerris - aux États-Unis, la tradition est même devenue une discipline universitaire. Qu'on ne s'y trompe pas : les femmes comme les hommes aspirent à la maîtrise du jeu de poing, de doigts et de pieds et à la science de tout ce qui s'y rattache : le répertoire changeant à travers les âges, les évolutions sociétales, le carillon dans la littérature... Une fois que le joueur a acquis la pleine maîtrise de son instrument, il est prêt à déverser son alacrité généralement joyeuse à travers les trous de réverbération situés au-dessus de la tête du public et des passants en bas et à des kilomètres à la ronde, lors des représentations sur le marché, des concerts de soirée d'été, des jours fériés ou à d'autres occasions. Le contact visuel et auditif direct avec le monde extérieur doit manquer cruellement au joueur solitaire. Cependant, lorsque les applaudissements remontent le long des murs pour lui parvenir dans la chambre du donjon, il sait que sa mission est accomplie.
Mis à part les dizaines de carillons manuels, on recense en Flandre et en Wallonie une série de mécanismes de jeu automatiques qui rythment le temps de jour comme de nuit.